Plans
d'urgence à Lamontjoie " Mon verre est petit mais je bois dans mon verre
" Gilbert
Carrère, le maire de Lamontjoie, modeste village de 501 âmes, est aussi
attaché aux citations qu'à l'autonomie de sa commune. Mais pour cet ancien préfet
et haut fonctionnaire de la Cour des comptes se pose un problème aussi épineux
que la quadrature du cercle : quand église, chapelles, couvent et lac (lire ci-dessous)
jouent les déliquescents et que la cagnotte de la bastide est maigrelette, comment
financer un lifting hors de prix ? Exemple : la réhabilitation du couvent des
Clarisses, fleuron de la bastide, coûterait autour des 300 000 euros quand le
budget communal s'élève à 275 000 euros... Sacrifice et souscription. Le premier
élu des Montjoyards, soutenu par son équipe municipale (ses trois adjoints), est
donc parti en résistance contre les outrages du temps qui accablent le riche patrimoine
de sa pauvre commune, en allant aussi bien à la chasse aux subventions qu'en faisant
preuve d'astuces et de paris sur l'avenir. " Nous n'avons que des impératifs et
pas d'argent ", admet Gilbert Carrère bien déterminé à accomplir ces travaux d'Hercule
dès cette année en prenant des mesures pas forcément populaires : " Nous avons
décidé d'alléger le patrimoine de Lamontjoie en vendant une maison communale et
en cédant le presbytère d'ici le mois d'avril. Cela nous permettra de retrouver
une marge de manoeuvre suffisante afin d'attaquer la première tranche des travaux
de restauration de l'église Saint-Louis la restauration complète s'élève à 450
000 euros dont la voûte a été mise à mal par la sécheresse de 2002 ". De la cession
de ce patrimoine, la mairie de la bastide créée par Philippe Le Bel en 1298, espère
retirer plus de 295 000 euros et peu d'états d'âme : " Il faut sacrifier une partie
du patrimoine pour sauver le reste. Sinon tout va s'écrouler " estime Francine
Parfait, adjointe à la mairie de Lamontjoie. Mais hélas, cela ne suffit pas et
comme il est " exclu " d'envisager pour l'heure d'autres ventes, les élus ont
demandé l'aumône aux Montjoyards pour réparer la toiture de la chapelle de Notre-Dame-de-La-Plagne
édifiée bien avant la construction de la bastide. " Nous avons lancé une souscription
auprès des habitants, explique Francine Parfait. Tout le monde a donné même des
gens qui n'habitent plus à Lamontjoie. Nous avons ainsi récolté 3 711 euros soit
15 % du montant total des travaux ". L'idée est bonne et l'engouement louable
mais ça ressemble à un cautère sur une jambe de bois... Le couvent pour des
bureaux. Gilbert Carrère en convient mais croit en l'avenir et se prend à rêver
: " Nous avons achevé la carte communale qui prévoit la construction de 55 à 60
logements sur 5 à 6 ans, la garantie d'une augmentation substantielle de population,
environ 200 personnes. Et puis nous sommes à 10 minutes de l'Agropôle, à 10 minutes
de l'autoroute, à 10 minutes de l'aéroport et peut-être serons-nous aussi à 10
minutes de la future gare de TGV. Il n'est pas interdit de penser que nous touchions
une partie des fruits de la croissance économique de l'agglomération agenaise.
Nous sommes d'ailleurs en train de plancher sur l'opportunité de transformer le
deuxième étage du couvent en plateau de bureaux ". A Lamontjoie, on n'a pas de
pétrole et encore moins d'argent, mais on ne manque pas d'idées... "
Il faut sacrifier une partie du patrimoine pour sauver le reste. Sinon, tout va
s'écrouler " Une
nouvelle consultation pour sauver le lac ? A Lamontjoie, on est aussi bien
attachés aux pierres qu'à l'eau. En effet, pour les Montjoyards, le lac, ses 13
hectares d'eau et ses 9 hectares de berges, c'est sacré. Dans la mémoire collective
montjoyarde, le plan d'eau évoque d'heureuses parties de pêches, des enfants qui
jouent et des touristes qui affluent. Mais tout ceci appartient au passé depuis
que le lac est laissé à l'abandon, depuis bientôt 5 ans. Du coup, pour la municipalité,
c'est un autre boulet financier. Vendre
ou non ? La mairie a donc lancé une procédure pour placer l'exploitation du
lac et de son camping en délégation de service public. " Nous voulons un investisseur
doté d'un vrai projet qui entend s'inscrire dans le temps. L'apport minimum sera
de 600 000 euros voire plus, avec la condition que la commune n'intervienne pas
financièrement ", avertit Gilbert Carrère, le premier magistrat de Lamontjoie.
Toutefois, l'élu ne veut pas faire traîner les choses. " Nous nous donnons jusqu'à
la fin de l'année pour trouver quelqu'un. Nous n'irons pas au-delà car l'environnement
du lac ne cesse de se dégrader. Nous n'avons pas les moyens de le remettre en
état. Il faudra faire quelque chose et engager une réflexion profonde ". Et le
maire d'annoncer qu'il consultera alors les Monjoyards pour connaître leur opinion
sur le sujet, avec une question centrale, dilemme déchirant, " doit-on vendre
ou pas ? ". A cette question, en janvier 2003, du temps de la précédente municipalité,
les Montjoyards avaient répondu non. Source
SO du 15-02-2006 Bastien Souperbie |